Amis de Saint Jacques de Compostelle Valonia + Bruselas + Belgica

Homélie de Monseigneur Jousten - Liège 2010

lundi 26 juillet 2010

Solennité de saint Jacques

25 juillet 2010 – Collégiale St-Jacques – Liège
2 Co 4, 7-15 ; Mt 20, 20-28


Chers confrères-prêtres,
chers frères et sœurs,

« Sur les chemins de Compostelle » - depuis plus de 1000 ans, des hommes et des femmes traversent notre ville, leur pèlerinage ou leur marche vers l’Espagne passe par l’église St-Jacques ; leur but est la ville qui porte le nom de l’apôtre Jacques, Santiago.

La route de Compostelle attire de plus en plus de monde. Comment expliquer cet engouement pour une telle aventure, car c’en est une ? De nombreux témoignages ont été donnés et publiés. Il me semble que leur commun dénominateur est d’aller à la rencontre, à la découverte de soi-même. Celui qui se met en route quitte, laisse derrière lui son passé et souhaite même prendre une certaine distance par rapport au présent ; il part à la découverte de lui-même, plus concrètement à la recherche de ce qui donne une valeur réelle à son existence ; il veut faire le point. Je suis sûr que, à leur retour, beaucoup affirment comme une profession de foi : Rien ne sera plus comme avant ! Un pèlerin témoigne des effets de sa démarche en ces termes : La solitude et les difficultés rencontrées sur la route obligent à penser. … Enfin, la marche nous donne un but. On marche vers quelque chose, pour quelque chose, et chaque journée retrouve du sens. Pour ma part, cela m’a redonné l’envie de vivre. (B. Olivier, cité dans EdL, juillet-août 2010, p. 18).

Chers frères et sœurs, rentrer en nous-mêmes, voilà un objectif que beaucoup réalisent durant leurs congés annuels. Alors ce temps ne sera pas un temps vide. Il sera un temps de recentrement, d’unification autour d’un centre de gravité. Mais ce centre ne doit pas être notre propre « je » ou « ego ». Le chrétien est invité à se laisser rejoindre par un autre. J’ose rêver de multiples rencontres de pèlerins de Compostelle avec celui que l’apôtre Jacques a lui-même suivi et annoncé. Plusieurs fois, Jacques, le fils de Zébédée, a entendu l’appel de Jésus : il était un des quatre premiers disciples (cf. Mt 4, 21) ; il était un des douze apôtres choisis par le Seigneur (cf. Mt 10, 23) ; il a accompagné son Seigneur sur la montagne de la Transfiguration (cf. Mt 17, 1) ; enfin, il était un des trois disciples à qui Jésus a demandé d’aller à l’écart avec lui à Gethsémani (cf. Mt 26, 37). Chaque fois, Jacques a dit oui et s’est laissé déranger par son Seigneur.

Aujourd’hui, à travers la lecture et l’évangile qui ont été proclamés, l’apôtre Jacques nous rejoint sur les routes de notre vie, comme il souhaite rejoindre ceux qui sont sur les chemins de Compostelle. Tous, nous sommes sur une route de foi. Chaque vie humaine est comme un pèlerinage. Nous parlons des chemins de la vie. Chaque vie humaine connaît des hauts et des bas, des errances, des faux pas, le péché. Chacun de nous entend de temps à autre une invitation à faire demi-tour, à se retourner, à se convertir. Avec les paroles de l’apôtre Paul, saint Jacques nous fait comprendre que ce qui donne sens à notre vie, nous le portons dans des vases d’argile. Cette fragilité ne doit pas nous effrayer, car Dieu est la force qui porte notre vie. Les apôtres ont annoncé le message du Christ pour que les hommes aient la vie. À ses débuts, le pèlerinage à Compostelle était essentiellement une démarche de pénitence ; nous imaginons que les pénitents arrivaient au but exténués, épuisés, vidés, à bout de force. Ils ont très concrètement expérimenté la fragilité de l’existence humaine. Mais, plus encore, ils ont pu faire le plein de la grâce et de la force de Dieu, car le pardon est encouragement pour un nouveau départ. Il est fort probable que, depuis le début, les pèlerins rentraient chez eux dans la reconnaissance (cf. 2 Co 4, 15). Je songe à l’histoire des Mages qui, arrivés à Bethléem, retournent dans leur pays par un autre chemin. Rien ne sera plus comme avant !

Chers frères et sœurs ! La différence entre l’avant et l’après nous est évoquée de manière saisissante dans la rencontre entre Jésus et la mère de Jacques et de Jean. Cette femme manifeste une préoccupation bien maternelle. L’avenir, la situation, le statut de ses fils lui tient à cœur. Jésus la décevra, puisqu’il ne peut rien garantir. Là aussi, rien de neuf sous le soleil : les bonnes relations, le bras long, de nos jours encore, ne sont pas nécessairement une garantie pour une belle carrière….

Jésus engage un dialogue en profondeur avec ses apôtres. Il met les choses au point. Ceux qui le suivent sont appelés à servir - comme lui. C’est clair ; il n’y a pas à tergiverser. Ici-bas, être apôtre de Jésus, voire être chrétien, c’est s’engager résolument dans la vocation du service gratuit, dans le don, à la suite de celui qui a appelé. Je suis sûr que les pèlerins chrétiens de Compostelle découvrent de mieux en mieux la signification, la portée de cette vocation chrétienne. Aujourd’hui, ici à St-Jacques, nous revivons la rencontre de Jésus avec ses apôtres et nous sommes interpellés. Dans notre société, nous sommes confrontés, jour après jour, avec la tentation du pouvoir et la proposition évangélique du service. Je suis heureux qu’au centre de Liège, notamment grâce à la paroisse de St-Jacques, des chrétiens se laissent toucher par l’appel des pauvres, des faibles, des fragilisés, des sans-abri et se mettent à leur service. Merci à tous les bénévoles pour cette réalisation d’une Église servante et pauvre.

Chers frères et sœurs ! Le Seigneur terminait sa rencontre avec ses disciples en ces termes : Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. Ainsi, il fait comprendre que son service dépasse le service humain ; il donne sa vie pour nous libérer, pour nous sauver, pour nous racheter. L’humanité était comme prise en otage par le mal, par le péché, par la mort. Dieu le Père ne veut pas de sacrifice expiatoire. Par sa mort, Jésus nous a fait sortir de l’esclavage du péché. Le pouvoir du mal, de la mort ou de Satan est cassé. Dieu a eu le dernier mot à propos de l’homme : il dit oui à tout homme. Depuis lors, grâce au Seigneur Jésus, nous sommes libres et appelés à la liberté, au bonheur éternel. Depuis lors, la foi, l’espérance et la charité nous sont données. Dans l’eucharistie, nous allons maintenant exprimer notre action de grâce pour cette libération par la mort et la résurrection du Christ. Il nous dit de faire cela en mémoire de lui. Il nous invite à partager son corps, à confirmer notre désir de le suivre sur le chemin du service. Les chemins de Compostelle, c’est oser reconnaître sa fragilité, sa faiblesse, son refus de servir, son péché, mais c’est plus encore s’ouvrir à l’amour gratuit de Celui qui nous invite à le suivre – comme l’apôtre saint Jacques l’a fait, jusqu’au don de sa vie, lui aussi.

Frères et sœurs, l’apôtre nous y encourage en criant : Ultreia, en avant !

+ Aloys Jousten Évêque de Liège


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