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Dis Maman, c’est encore loin Compostelle ? de Céline Anaya Gautier

jeudi 19 janvier 2017

Céline Anaya GAUTIER , Dis Maman, c’est encore loin Compostelle ? Le Passeur, 2015

Paru dans le Pecten N°120, pp.51-53

Pour devenir un petit homme, Santiago, 7 ans, décide de marcher jusqu’à Compostelle avec sa mère, Céline. Une aventure hors des sentiers battus, racontée avec verve, légèreté et profondeur. 1200 kilomètres d’émotion et d’éclats de rire.
Céline Anaya Gautier est photographe indépendante et travaille notamment pour Courrier international, Le Figaro Magazine, Le Monde, The New York Times. Elle a publié plusieurs beaux livres dont Cœur de femmes (2005) et Esclaves au paradis (2007).

Deux grands thèmes sont développés dans ce beau récit. Le premier décrit les relations entre mère et fils, où chacun doit trouver sa place en cheminant ensemble pendant près de 2 mois, besoin d’indépendance et résistance d’une part et aussi ce besoin d’être toujours attentive au bien-être d’un garçon de 7 ans. J’ai beaucoup apprécié les anecdotes qui sont toutes empreinte d’émotions avec ce subtil partage entre tendresse, peur, éducation.
Céline Anaya a une vision de ce que peut apporter le chemin de Compostelle : les rencontres, l’entraide entre pèlerins et bien d’autres choses également que j’ai ressenti lors de mon pèlerinage en 1997. Beaucoup de réflexions me font chaud au cœur, dans l’esprit que nous voulons délivrer à nos futurs pèlerins.
En tant qu’ancien pèlerin, ami de Saint-Jacques, j’aimerais vous faire partager quelques réflexions de l’auteur sur "Les chemins de Saint-Jacques" aujourd’hui, aussi bien dans la spiritualité du pèlerinage ou encore la massification du chemin, mais qui touchent plus aux émotions, aux souvenirs de Céline sur son retour sur le Chemin de Compostelle.

 Le seul fait que tu aies envisagé d’être capable d’aller au bout de ton aventure, sans jamais flancher dans ta détermination, fait de toi un petit grand homme. Maintenant, nous devons vivre l’instant présent et ne plus penser au but, juste vivre et se laisser vivre. Profite de tout ce que t’offre le Chemin (p.42)
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 Santiago est heureux et moi je prends conscience que ça y est, c’est parti, un mois et demi ou deux de liberté. Aucune contrainte, juste profiter, […] et partager. Je ne sais pas ce que le Chemin nous prépare, mais je suis heureuse d’être là. (p.59).

 Pour moi, Dieu est amour, partage, liberté et tolérance. […] Il ne vit pas dans le ciel mais il est partout, dans les montagnes, sous les pierres, dans une fleur, partout où l’on a envie de le voir. (p.74).

 Manuel connaît bien les chemins et accompagne les pèlerins dans leurs cheminements de sa présence attentive et bienveillante. On ne parle pas souvent des hospitaliers quand on parle du Chemin, mais ce sont eux qui nous permettent de nous reposer et qui sont nos points d’attache avec la réalité, chaque matin et chaque soir (p.167).

 Aller jusqu’à Compostelle avec mon fils de 7 ans, qui plus est s’appelle Santiago. […] Quelle belle et douce folie ! […] Quel beau cadeau es-tu en train de me faire, Santiago ? (p.193).

 Ce n’est pas parce que c’est difficile que l’on n’ose pas, mais c’est parce que l’on n’ose pas que c’est difficile - d’après Sénèque (p.211).

 Le Chemin a ses propres règles, ses épreuves, ses embûches et ses maigres récompenses. […] C’est au pèlerin de trouver le juste équilibre, le juste pas pour que corps et esprit entrent en symbiose, s’interpénètrent et voient à travers l’œil de la nature la perfection de la création. (p.216)
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 Et toi (Santiago), pourquoi tu fais le Chemin ?
Je vois à chaque fois dans leur regard un malaise, soit à cause du jeune âge de leur interlocuteur, soit à cause de la complexité de la réponse possible. […] C’est une question que l’on se pose entre nous, les pèlerins, et que nous aimons creuser pour échanger et trouver des réponses (p.220).

 Les nouveaux aménagements du Chemin
Le nouveau gîte ? Mais quel nouveau gîte ? On ne veut pas de votre nouveau gîte. On veut la chapelle désaffectée, celle où je dors depuis dix ans, la vieille, la vivante où chaque pierre est habitée par les espoirs, les rêves et les peurs de pèlerins qui passent s’y poser. […] Le Chemin a changé. Il est tout beau, tout neuf, tout parfait. Maintenant c’est un chemin européen. (p.234).

 Medhi, tu peux m’expliquer ce que tu fais sur le Chemin ? Je trouve ça génial.
Disons que j’ai une spiritualité un peu libre. Je crois en Dieu, en un seul Dieu quoi, mais je ne crois pas aux religions. Je crois que Dieu est au-dessus de tout, donc au-dessus des religions. C’est à lui de décider comment communiquer avec chacun d’entre nous. (p.262).

 Le Chemin cherche à me déstabiliser pour que je lâche prise et que je m’autorise à être plus humaine, à vivre mes peurs et mes émotions sans les intellectualiser ou les décortiquer pour mieux les contrôler. Juste les vivre, les ressentir, les évacuer pour m’en libérer. (p.326).

 Dans le" Chapitre 15 – A quoi bon les églises ?" Céline pose un regard très critique sur l’accueil actuel dans les églises ; je ne suis pas loin de partager ses sentiments.
Lors de mon premier chemin, je ne ratais jamais une seule messe du pèlerin. J’étais toujours au premier rang. Il faut dire qu’elles étaient vraiment magnifiques. Les églises étaient toujours ouvertes, il ne fallait pas payer pour entrer et les prêtres étaient proches de nous. […] La bénédiction du pèlerin était le moment le plus fort. Je me suis retrouvée maintes fois avec des non-croyants qui, sans dire qu’ils rentraient chez eux touchés par la foi chrétienne, se disaient au moins : sur ce chemin, il y a quelque chose de spirituel qui nous échappe. (p.243).

J’ai eu la joie de refaire un semblant de pèlerinage avec trois de mes petits-enfants, dix ans après mon pèlerinage (Saint-Jean-Pied-de-Port à Santiago, mais en voiture et quelques tronçons à pied). Ils ont expérimenté les conditions météo, les chemins boueux, mais aussi le soleil en Castille y Léon. Ils ont été émerveillés de rencontrer des hospitaliers et découvrir les albergues et certains lieux mythiques de ce Chemin (Cruz de Hiero et O’Cebreiro) sans oublier leur entrée à pied à Santiago au départ du Monte del Gozo. Ils se souviennent aussi de l’envolée du Botafumeiro à l’occasion de la messe des pèlerins. Ils en tous ont conservé un très bon souvenir, mais celui qui était le plus fier, c’est leur grand-père qui a pu partager avec eux son laisser-aller et son ressenti alors qu’il cheminait vers l’Apôtre saint Jacques.

Francis Hiffe
Pèlerin en 1997.


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